Ce premier EP instrumental, nous l’avons voulu narratif. L’histoire est perceptible, un personnage partage ses peurs profondes : l’absence d’un être cher, le désespoir, et se laisse allégrement consumer par ses passions. Tout se passe au bord de la mer, dans les embruns, la nuit.  

Concorde I : C’est la fatalité. Il faut aller au bout avec courage et aplomb. Mourir, certes, mais avec élégance. 

Concorde II – There will be no miracles here : Le personnage visite les limbes. Le paysage est brumeux, aquatique, mystérieux. On plane jusqu’à détenir le secret de la vie éternelle. Le secret, on peut vous le dire, c’est la connaissance de l’altérité, la légèreté, le jeu. Mais comme nous sommes tous humains, nos démons nous rattrapent jusqu’à tout mettre en péril.  

It gets worse over time :  

Quand la chandelle sursaute une dernière fois pour s’éteindre définitivement.  

I just ask for mercy :  

Un moment de répit, où l’homme se repose et montre ce qu’il est au plus profond de lui-même, quand la sérénité le gagne.  

Elvis has left the building :  

Nous ne vous raconterons pas l’histoire, elle est visible via le clip du talentueux Collectif des Routes. On y voit l’acteur Abel Carrière s’épuiser à danser avec l’absence.  

Interview

Pourquoi Corde ?   

Maxime :  Corde est un phénix avec lequel j’avais envie d’expérimenter, de jouer et de raconter des histoires sans mot. 

Avec Polyandres, nous avions sollicité nîm pour réaliser le sounddesign de nos titres. J’ai adhéré complétement à sa méthode et sa vision de la musique. Sans parler de sa créativité, de sa liberté.  

C’était une évidence, il fallait que nîm soit à l’œuvre dans Corde en tant que beatmaker. Il a fait tellement plus… 

Nîm : J’étais déjà très attaché à l’univers de Polyandres, à ces larges paysages, que, lorsque Corde naquît, le plaisir du voyage émotionnel était tellement évident sur les premières ébauches de Maxime, qu’il fallait poursuivre notre chemin ensemble.

Comment avez-vous travaillé sur cet EP ?   

Maxime :  J’avais envie de travailler dans l’urgence. Tout a été source d’inspiration, notamment les films et les lectures du moment. La plupart des titres sont des références plus ou moins explicites à ces œuvres.  

Les ambiances aussi… 

La composition, l’interprétation et l’enregistrement se sont déroulés lors d’une seule et même phase. D’où cette sensation d’avoir expérimenté plutôt que de composer. Généralement, on se pose la question du live. Ici, ça n’a pas été un moteur. Jouerons-nous un jour ces titres sur scène ? Nous n’en savons rien aujourd’hui… 

Une fois que j’avais la sensation que le titre se tenait structurellement et intentionnellement, je livrais les pistes à nîm pour qu’il finalise l’histoire et qu’elle devienne la nôtre… 

Nîm : Il y avait tout ce qu’il fallait pour appareiller ! Il ne manquait que briquer, polir, lustrer l’horizon, avec des éléments exotiques au violon pour le rendre plus saillant ou plus doux, dessiner les tumultes. J’ai conservé la même urgence que Maxime en livrant sans détour ce que le titre appelait, en toute honnêteté. J’ai pris grand soin d’être parfaitement prêt à composer avant d’avoir seulement entendu le titre. Le grand saut. Et j’en suis très heureux car c’est un procédé très libérateur – avec ce petit moment d’adrénaline lorsqu’il faut ensuite le partager à son compère…

Quelles sont vos sources d’inspiration ?   

Maxime : Je me sens nourri par les créations d’Owen Pallett, Andrew Bird, Marc Huyghens, Gus Van Sant, Jesse Tabish, Agnès Obel, Nick Cave. Ce sont des artistes pour lesquels j’ai beaucoup d’admiration. Les convoquer alors que je n’ai pas une once de leur talent me semble pour le moins prétentieux.  

Il y a aussi tous les grands compositeurs de mon enfance : Tchaïkovski, Grieg, Prokofiev, Bizet, Rossini. Ils ont proposé des musiques à livrets, et il n’est pas nécessaire de lire ou voir les pièces pour comprendre les histoires qui se jouent.  

Et l’eau…  

Je ne pense pas que l’univers marin soit perceptible. Le nom « Corde » y fait cependant clairement référence.  

Nîm : Le jeu en home studio est pour moi un héritage venu de François de Roubaix et de John Barry, desquels découlent Stilvio Cipriani, Gil Scott Heron, puis leurs « petits-enfants », manieurs de samplers et de basses électroniques, Blackalicious en tête, Prince Po et autres Cypress Hill. J’harmonise ce fait-maison avec le même amour du classique que Maxime : Bizet, Grieg, Dukas, Debussy, Ravel, Satie, Koechlin ou plus récents Ligeti et Saariaho.